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Samedi 14 juillet 2012 6 14 /07 /Juil /2012 10:45

Il y a ceux qui viennent pour voir et lire en silence.

Il y a ceux qui causent de tout et de rien mais surtout pas de médecine ou très peu.

Il y a ceux qui y sont rares et puis il y a ceux qui font du flooding.

Il y a les accessibles et ceux qui ne répondront jamais.

Il y a ceux qui twittent par le biais de leur secrétaire et pontifient dans leur coin et puis il y a ceux qui sont vissés à leur smartphone.

Il y a ceux qui sont venus et puis qui sont partis.

Il y a ceux qui ont voulu essayer et qui sont devenus des tauliers.

il y a ceux qui ont rompu leur anonymat pour basculer dans la lumière et puis ceux qui le gardent jalousement.

Il y a ceux qui sont venus ici pour y faire et y dire autre chose et qui finalement se prennent au jeu.

Il y a sans doute ceux qui sont là et qui jouent un jeu qui n'est pas tout à fait le leur mais font illusion.

Il y a les stars et les anonymes, ceux qui mériteraient d'être connus et ceux qui sont massivement suivis du fait de leur titre ou fonction.

Il y a des révolutionnaires, des révoltés ou des pacificateurs, des j'm'enfoutistes et des inquiets, des contents des tristes des déprimés, des jeunes et des vieux, des sûrs d'eux et des débutants, des qui sont en devenir et d'autres qui attendent la retraite.

Il y a tout un monde dans cet inventaire à la Prévert, tout un monde parmi les médecins qui twittent.

 

Chacun a ses raisons d'en être ou pas. Ceux qui y viennent y consacrent le temps et l'énergie qu'ils souhaitent. rien n'est jamais imposé. C'est une nouvelle Agora où on vient pour voir et/ou être vu, dire et/ou être entendu, s'y sentir membre d'une communauté et aider quand on le peut ou se faire aider quand on le doit. C'est comme ça que je le vois.

 

Mais s'il est une chose que je trouve admirable dans ce joyeux tintamarre c'est que la place publique de nos échanges soit ouverte au monde permettant ainsi à qui est curieux ou intéressé de se poser pour voir ou interagir.

 

 

Ce post et cette réflexion sont nés des rapports que j'ai avec ma mère, seule rescapée mémorielle du naufrage de ma famille et de la récente pluie de réactions qui ont été publiées sur twitter suite aux résultats de l'ENC (Examen National Classant, ex concours de l'internat et examen de fin de 6ème année de médecine).

 

Ma mère et moi ne sommes plus du même milieu. J'ai pris l'ascenseur social pour me hisser là où je suis aujourd'hui. J'ai franchi nombre de barrières et de plafonds pour passer du statut de fils de femme de ménage à celui de toubib. A partir de ma 6ème, outre le soutien matériel prodigué par ma famille je dus me débrouiller seul pour aborder mon parcours scolaire. Jamais à partir de ma 5ème il ne me serait venu à l'esprit de demander aide ou explication à des parents qui ne pipaient guère de sens à ce qui m'était demandé. J'eus la chance d'être bon élève et donc d'avancer sans mal.

Arrivé en fac de médecine, après le bac, il y eut la première année, une bien terrible épreuve, et puis toutes les autres étapes.

Je crois bien que personne dans mon entourage n'a jamais vraiment mesuré ni le poids ni l'intensité de l'engagement, et que quand bien même ils auraient fait des études peu auraient pu en approcher la mesure.

Je me rends aussi compte que moi, qui n'ai que peu souffert ou goûté le doute au cours de ces années, je ne suis pas le mieux placé pour décrire l'indescriptible. Mais je les ai vus, lus, entendus ces ressentis. Dans les yeux de mes amis et dans ceux de mes camarades de promo, dans leurs mots tout autant je les ai ressentis ces maux et j'en ai pris conscience, j'en ai une perception empathique.  

Stoïcien je suis, je vis un bonheur différent sans doute de celui qui est communément admis car je peux être heureux dans la peine ou la difficulté. J'ai beaucoup puisé dans ces ressources acquises par l'étude de mes maîtres pour avancer au mieux et je le fais encore aujourd'hui. Mais mon métier m'apporte une connaissance humaine et humaniste qui ne s'apprend pas dans les livres, une connaissance socio-anthropologique qualitative très particulière. De cette connaissance se nourrissent et se développent mes capacités empathiques et c'est une très bonne chose. Et comme je sais d'où je viens et puisque j'ignore où je vais j'aimerais ne jamais oublier ces instants, ces apports, cet enseignement pratique. Et puisque je sais mon parcours, j'aimerais partager. Dire et expliquer ce qui fait un toubib, montrer les joies et les peines, les moments durs autant que les faciles, les doutes et les triomphes et que ce qui touche l'un n'est pas ce qui touchera l'autre parce qu'enfin nous sommes tous humains avec nos forces et nos faiblesses et qu'on n'est pas moins forts que de l'avouer.

Moi qui comprends plus que je ne vis les choses, j'aime à lire ces gens que je cotoie. Ils viennent sur twitter et/ou tiennent des blogs, ils mettent en mot ou en image ce que je ne saurais dire et évoquent à leur gré ces petites tranches de vie.

A eux tous ils écrivent une Maladie de Sachs 2.0*, et c'est un bien précieux, publique et partagé.

 

 

*terme effrontément emprunté à Dominique Dupagne en référence au livre de Martin Winckler, la Maladie de Sachs.

 

 

PS : ce qui est dit ici est absolument valable pour les autres professions de santé, je n'ose parler que d'un domaine que je connais pour y exercer et y avoir fait mes classes. C'est le seul domaine où j'ai vécu ces choses.

Par dzb17 - Publié dans : Médecine
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